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Les Amazones de l’hiver
Written by Yves Ouellet
Chaque hiver elles partent un peu plus loin, un peu plus longtemps, découvrir à motoneige l’hiver du Québec et revivre des moments d’amitié exceptionnels. Elles sont les Dimoiselles et viennent de Maniwaki. Ces nouvelles Amazones ont formé un petit groupe de dix copines motoneigistes. Chaque hiver, elles s’organisent une excursion entre femmes qui, de saison en saison, les conduit de plus en plus loin. Chacune a son surnom. C’est à Michelle Blais, dite Mommoiselle, que revient l’initiative de regrouper les femmes à partir de 1985 pour une randonnée annuelle à motoneige. Sortie d’une journée au début, puis une véritable excursion par la suite. L’équipe est devenue très solide et celles qui veulent s’y joindre sont sélectionnées à partir de critères sévères dont une règle d’or à laquelle toutes doivent se soumettre rigoureusement : « Pas de chialeuses ! C’est ce qui rend chaque voyage agréable puisqu’il n’y a jamais d’accrochage. Chacune manifeste un profond respect envers les autres en plus de contribuer à la qualité de l’ambiance par son humour, » précise Céline (Rimoiselle), une complice des tout débuts.
Au Saguenay d’abord
En tant que Damoiseau, je suis le seul homme à avoir été intronisé dans ce groupe sélect après les avoir rencontrées à Maniwaki et les avoir invitées à faire le tour du fjord du Saguenay avec moi. Au programme, la Mecque québécoise de la neige et de la motoneige avec les Monts-Valin, la pêche blanche, les rives spectaculaires du fjord, une vraie tempête saguenéenne, une croisière mémorable à bord du traversier Tadoussac – Baie-Sainte-Catherine, des auberges douillettes, des repas gargantuesques et du plaisir, beaucoup de plaisir, que du plaisir ! De plus, les Dimoiselles sont partout accueillies avec chaleur et, disons-le, un peu de curiosité.
Dans Chaudière-Appalaches
Deux ans plus tard, les Dimoiselles reviennent à l’attaque pour une grande tournée de la région Chaudière-Appalaches. Les filles ont quitté Maniwaki très tôt le matin avec une immense remorque et tout leur équipement. Dès le milieu de l’après-midi, Michelle Blais et son groupe se pointent au Appalaches Lodge & Spa de Saint-Paul-de-Montminy après avoir vaincu les longues pentes glacées et les rebonds de la route régionale.
Très excitée de cette nouvelle aventure qui débute, de la météo idéale et des belles conditions d’enneigement, les Dimoiselles sont impressionnées dès le départ par le sentier qui semble rectiligne à l’infini. On distingue effectivement la saillie dans la forêt qui s’étire devant et derrière aussi loin que l’on puisse voir. Mais, on a beau avoir cette impression de voir un sentier droit comme une autoroute ou comme un tracé d’emprise ferroviaire, ça ne l’empêche pas de compter une succession de courbes et de vallons qui ne se présentent jamais de façon prononcée. Juste assez pour donner d’agréables sensations de conduite et nous tenir en alerte. L’allégresse s’installe de plus belle. Certes, les pistes sont magnifiques, les paysages nous éblouissent et le soleil se fait complice… Mais ce n’est pas toujours facile. Pannes d’essence, bris mécaniques et mésaventures surviennent immanquablement. Alors il faut voir à quel point les filles surmontent ces inconvénients avec le sourire, avec patiente et solidarité. Pas une situation, aussi mauvaise soit-elle, ne vient à bout de la bonne humeur de ces aventurières qui ont toujours avec elles tout l’attirail qu’il faut pour s’en sortir. Un moteur s’obstine à ne pas démarrer ? On s’égare ? Glorianne (Vendeuse moiselle) confond le diésel et le super puis en engouffre 10 litres avant de s’en apercevoir ? Les filles sont prêtes à tout ! Julie (Welling moiselle) sort le siphon et Michelle se met à faire régurgiter le réservoir de tout son contenu presque goutte à goutte avant de le remplir de la bonne couleur. Et malgré les doigts gelés, malgré le retard et les petits contretemps, ce ne fut qu’un morceau de bonheur et une autre histoire à raconter durant les randonnées à venir.
Le meilleur des mondes
Certains me demandent parfois comment c’est de voyager à motoneige avec des femmes ? N’oublions pas, d’une part, que 40 % des motoneigistes sont des femmes. D’autre part, si ce n’était pas plaisant, je n’aurais certainement pas répété l’expérience une seconde fois. J’irais même jusqu’à affirmer que ce peut être passablement plus intéressant qu’avec certains hommes dont la conversation se limite aux caractéristiques de leur moteur et au renflement de sa cylindrée. Ces femmes, comme nombre d’autres, sont de véritables motoneigistes qui savent rouler et qui sont beaucoup mieux préparées à l’imprévu que la majorité des hommes. Elles conduisent avec une prudence intelligente qui n’a rien à voir avec l’éternelle irresponsabilité adolescente de plusieurs hommes. Elles mettent tout simplement le stress et la compétition de côté pour privilégier essentiellement l’enthousiasme et la découverte. Mais, ce qui les caractérise surtout, c’est la force étonnante de leur amitié et la puissance indéfectible de leur solidarité. Ne devient pas Dimoiselle qui veut. Mais, une fois acceptée dans le groupe, c’est à la vie à la mort.
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